Beaucoup reste à faire pour l’essor de l’agriculture en Tunisie. C’est dans ce sens que les recommandations faites par le Think-tank Maghreb Economic Forum convergent.

Présentée ce matin, 26 octobre, à Tunis, lors d’une table ronde intitulée « Vers une agriculture tunisienne créatrice de croissance », l’intervention du Dr Aram Belhadj, directeur de recherche à Maghreb Economic Forum, a fait un état des lieux exhaustif du secteur agricole et a présenté des solutions pratiques, devant une pléiade d’intervenants dans le domaine.

Secteur prometteur qui ne manque pas d’atouts
L’agriculture tunisienne, comme celle d’autres pays, est au cœur de la transformation mondiale. En effet, avec un croît démographique mondial galopant ( 9 milliards d’habitants), les besoins de consommation augmenteront de 60%, d’où la nécessité d’accorder à ce secteur tout l’intérêt qu’il mérite. En effet, l’intervenant a expliqué que  relever le défi de la sécurité alimentaire passe par l’essor de l’agriculture qui se trouve tiraillée  entre la nécessité de tirer profit des opportunités économiques et la préservation de l’environnement.

Cependant, Dr Aram Belhadj  regrette que malgré le potentiel  considérable de l’agriculture tunisienne  un certain nombre de manquements ont été constatés. Par-delà ses faiblesses, l’agriculture demeure une voie de croissance et de création de richesses.

Les chiffres avancés par l’économiste viennent confirmer ses propos : l’agriculture tunisienne contribue à  hauteur de 12% du PIB, attire 10% des investissements, emploie 16% de la population active et participe à concurrence de 11% à l’exportation.  Et ce n’est pas uniquement cela : d’autres facteurs climatiques et géographiques accentuent ce potentiel. Car la Tunisie dispose de 4,1 millions d’hectares cultivables.

A cela viennent s’ajouter d’autres spécificités naturelles comme le grand nombre de jours ensoleillés, une température favorable à la croissance végétale tout au long de l’année, et l’emplacement géographique du pays.

Mais voici que les difficultés surgissent…
Plusieurs  problématiques ont été identifiées dans le secteur agricole tunisien. Elles ont trait notamment au morcellement des terrains, aux terres domaniales mal gérées, à l’invasion urbaine et au changement du paysage rural, l’assolement non équilibré, l’érosion, la  désertification, la pollution et la salinisation.

Quant aux problématiques liées à l’eau, le déficit en ressources hydriques est dû au manque d’entretien des barrages et des canalisations, à l’absence d’interconnexion et aux pertes d’énormes quantités de pluie déversées et à la surexploitation de la nappe phréatique.

Les intrants, quant à eux, posent  également problème : ils sont importés à un prix hors de portée des producteurs, surtout les petits d’entre eux, qui sont légion.  Ils alourdissent ainsi le déficit de la balance commerciale et sont susceptibles d’être porteurs de problèmes phytosanitaires (introduction de nouvelles maladies, insectes, adventices et produits chimiques dangereux).

La problématique de la main-d’oeuvre interpelle également  l’intervenant qui a noté que dans le secteur agricole elle se fait de plus en plus rare et quand elle existe, elle est sous-qualifiée. De plus, il y a carence de mécanisation. L’intervenant préconise l’utilisation de moyens technologiques en agriculture.

Au niveau de la commercialisation, Dr Arem Belhadj a estimé que « la production agricole doit impérativement passer par la phase de la commercialisation pour le marché local ou l’export » mais en réalité la situation du secteur est caractérisée par une faible présence de « contrats-programmes », une forte présence des intermédiaires et des marchés très volatils.

Pour ce qui est du financement, Arem Belhadj a indiqué que le problème principal est l’accès limité aux crédits qui ont  un coût très élevé  et l’absence d’assurance tous  risques.  Notons qu’uniquement  7% des agriculteurs bénéficient de crédits. Les banques financent seulement 11% de l’investissement agricole total, alors que 70% sont financés sur fonds propres. Quant au crédit de campagne, il ne couvre que 1/14ème de l’utilisation des intrants agricoles.
Pour la majorité des acteurs du secteur, qui sont de petits agriculteurs avec une taille d’exploitation inférieure à 5 ha, l’absence de système de comptabilité fiable fait que l’exploitant entre dans un cercle vicieux d’une année à l’autre. Sa source de crédit de campagne est généralement le fournisseur d’ intrants qui couvre ses besoins et lui accorde un paiement échelonné.

Le secteur des assurances des projets agricoles,  quant à lui, ne représente que 2,78% du chiffre d’affaires global du marché des compagnies d’ assurances tunisiennes.
L’économiste a pointé du doigt  l’absence d’une vision claire et d’une stratégie de valorisation du secteur agricole de la part de l’Etat pour résoudre tous ces problèmes.

Place aux recommandations
Des  recommandations ont été suggérées par le Dr Arem Belhadj constituant ainsi une vision globale pour la réforme de l’agriculture tunisienne.  L’économiste a plaidé pour la  structuration des producteurs : il s’agit de l’organisation des petits producteurs dans des structures de services sous forme de fédérations, associations ou coopératives. Cela favoriserait la  création de labels particuliers pour les produits d’appellation d’origine contrôlée (AOC) par exemple.

La promotion de l’agriculture biologique est également vivement recommandée qui va permettre au pays de se positionner dans les marchés porteurs. Par ailleurs, il est important d’encadrer et d’assurer le suivi des agriculteurs dans ce domaine.

Parmi les recommandations figure la gestion forestière. En effet, il est urgent de mettre en place une stratégie efficace visant à accroître le revenu provenant des produits et services forestiers (le bois d’énergie, le bois industriel, le liège, le romarin, le myrte, le  lentisque, les champignons, le miel, le fourrage, l’écotourisme etc.) et de mieux les valoriser à travers un partenariat entre les différents acteurs. De même, la révision de l’article 18 du code forestier s’impose.

La valorisation et le recyclage  des déchets et  des eaux usées se trouvent au centre des recommandations. L’intervenant a jugé important d’encourager  le compostage des déchets (le bois de taille en particulier), le recyclage des huiles de consommation (utile à la production des biocarburants pour les machines agricoles et de recycler davantage les eaux usées pour une éventuelle utilisation dans l’irrigation des espaces verts, grandes cultures et l’arboriculture fruitière).

L’intervenant a, par ailleurs, recommandé l’intégration des TIC et des énergies renouvelables dans le domaine agricole étant donné son rôle décisif et cela à travers l’utilisation, entre autres, de l’énergie solaire et éolienne pour le pompage et l’irrigation, l’utilisation des technologies de l’information dans la prise de décision: pilotage de l’irrigation, maîtrise de la fertilisation, la prévention des maladies et l’encouragement des projets innovants intensifs en TIC.

L’intervenant a conclu en recommandant  le renforcement du rôle de l’Etat dans la vulgarisation, le conseil-expertise, l’étude des projets et les analyses dans le domaine agricole. Cela passe d’après l’intervenant par l’amélioration de la formation des cadres au sein des instituts d’enseignement supérieur et la création d’un pôle technologique en sciences agricoles qui encourage l’émergence et le développement des start-up.

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